
Lorsque l’on se promène en Turquie il est impossible d’échapper à une photographie, un buste ou une statue de Mustafa Kemal Atatürk. Aussi, pour bien comprendre le pourquoi de cette dévotion, il est indispensable de se plonger dans l’histoire récente de la Turquie.
Fondateur et premier président de la République turque en 1924, Atatürk (Mustafa Kemal) a été l'un des premiers chefs d'État à comprendre la nécessaire occidentalisation des pays musulmans. A partir de son élection et jusqu'à sa mort en 1939, Atatürk n'a d'autre but que libérer la Turquie et ses habitants de leurs entraves séculaires et les amener à un niveau avancé de civilisation matérielle, sociale et intellectuelle. Pour cela, il rompt nettement avec le passé, heurte les traditions, choque même les esprits et bouleverse les conceptions. Ce sont d'abord les lois sur l'abolition du califat et de la polygamie. Au niveau religion, c’est la suppression des tribunaux, des écoles et des ordres religieux ainsi que l'interdiction du port du fez. Plus tard, sont ajoutés l'appel à la prière et la lecture du Coran en turc (et non plus en arabe).
En matière juridique, la modernisation a été marquée par l'adoption de nouveaux codes civil, criminel et commercial, établis d'après les codes suisse, italien et allemand ainsi que l'obligation du mariage civil. De même l'adoption de noms de famille est imposé à tous les turcs. Le parlement décernera à Mustafa Kemal celui d'Atatürk, que l'on peut traduire soit par le « Turc vénéré », soit par le « Père de la Turquie nouvelle ».
En matière d'instruction publique, c’est le passage de l’alphabet arabe à l’alphabet latin qui a constitué une révolution. Sur le plan politique, les femmes ont obtenu le droit de vote en 1934 (en France le droit de vote aux femmes à été promulgué en 1944).
Atatürk a été incontestablement l'un des hommes politiques les plus prestigieux de la période d'entre les deux guerres. Une politique basée sur les six principes suivants : républicanisme, nationalisme, populisme, étatisme, laïcisme et révolutionnarisme ont pu mener la Turquie à son niveau économique et social actuel. Certains ont pu accuser Mustafa Kemal d'avoir imposé une dictature à la Turquie ; en fait, sa personnalité a largement dominé un régime de type présidentiel. Il a su en outre acquérir l'adhésion de la population, consciente des progrès de la Turquie. Mort trop tôt, il n'a pu mener à terme toutes les réformes projetées.
Après la Seconde Guerre mondiale, certains leaders du monde musulman se sont inspirés de son exemple, montrant par là qu'il avait été un précurseur. Pour les Turcs, il est celui qu'ils ont appelé, après sa mort, le « Chef éternel ».
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